Sur les traces des poilus du Ventoux

Sur les traces des poilus du Ventoux

Les poilus de Monieux et de ses environs

Première partie : Les poilus du hameau des Abeilles

Pourquoi les appelle-t-on les poilus ?

« Les Poilus » est le surnom donné aux soldats Français de la première guerre mondiale. Voici pourquoi :

La première guerre mondiale, débuta durant l’été 1914. Elle commença du côté français comme une guerre « classique » si je puis m’exprimer ainsi ! C’est à dire, une guerre de mouvement avec des charges de la cavalerie et des assauts des fantassins ! Cette tactique mainte fois éprouvée, fut cette fois moins efficace, face à des adversaires puissamment armés ! Cela entraîna de nombreuses pertes humaines dés la première année du conflit.

Après deux années de conflits intenses, la guerre entra dans une deuxième phase, celle bien connue des tranchée et des fils barbelés. La ligne de front se figea sur 750 km. Cette guerre de position, dura 3 années environ, pendant lesquelles les soldats connurent l’enfer des tranchées

L’accès à l’eau y était limité, car les ravitaillement tarder souvent à arriver jusqu’aux lignes de front. Les soldats n’avaient pas la possibilité de se raser quotidiennement. De leur aspect quelque peu hirsute est venu le surnom de Poilus.

Où se situe le hameau des Abeilles ?

Ce hameau se trouve sur la commune de Monieux (84) au niveau du col portant le même nom. Le hameau des Abeilles est  sur le versant sud du Mont Ventoux. Les paysages  environnant y sont de toutes beauté mais le climat y est rude !

Jusqu’à la veille de la Grande Guerre l’activité économique  y était essentiellement  agro-pastoral. En 1806, le hameau comptait un aubergiste qui accueillait les rares voyageurs se rendant de Carpentras vers Sault, ou vice versa. Pour faire ce trajet, les voyageurs empruntaient une route aux pentes qui donnaient le frison par leur déclivité. Cette route fut le théâtre de nombreux accidents. Pour rendre le trajet plus sûr, les ingénieurs  construisirent une nouvelle route aux pentes plus douces que la précédente. Seulement, elle ne passait plus par le hameau des Abeilles !

En 1859, la paroisse des Abeilles, comptait environ 200 paroissiens disséminés sur plusieurs hameaux et quelques  granges isolées.

Un curé-médecin aux Abeilles

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Abbé Joseph THOUARD cimetière du hameau des Abeilles

Mais ce hameau perdu au milieu du massif du Ventoux connut au XIXe siècle son heure de gloire ! Car, on y accourait de tous les coins de France pour se faire soigner par  l’ abbé Joseph THOUARD (1825-1888). En effet, cet abbé, mit ses connaissances dans les plantes médicinales au service de ceux qui n’avaient pas accès à la médecine dite officielle . Ses remèdes, ses soins faisaient de tel miracle pour l’époque que la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre ! Les malades affluèrent des communes et des hameaux voisins.  Ils souhaitaient tous bénéficier des bienfaits des remèdes préparés par le fameux « curé-médecin ».

Vous vous demandez quel est le rapport entre l’abbé THOUARD et les poilus ?

Les familles des soldats étaient des contemporains de l’abbé THOUARD. Les poilus les plus âgés ont sûrement assisté aux messes données par l’abbé dans l’église paroissiale.

Nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet !

Qui sont les poilus du hameau des Abeilles ?

Une stèle en leur honneur est érigée dans le cimetière des Abeilles. Elle fut le point de départ de mes recherches plus généalogiques qu’historiques à leur sujet.

Des maris, des pères, des frères, des fils

Ces hommes avaient entre 20 et 30 ans au moment de la mobilisation générales. Certains s’étaient mariés peu de temps avant le début du conflit. D’autres étaient encore trop jeune pour fonder un foyer. Cependant, ils avaient tous un point en commun : Ils étaient tous des enfants du pays !

Ils travaillaient en tant qu’ouvriers agricoles soit au sein de l’exploitation familiale, soit pour le compte d’un exploitant.  Enfin, je devrais dire presque tous ! Car, il se trouvait parmi eux le cantonnier départementale HORARD Henri. Alors qu’il avait presque quarante ans, il dut partir au front en laissant femme et enfant.

Envie d’aller plus loin !

En découvrant le mémorial, je me suis posée cette question : Quel fut leur histoire, leur parcours durant le conflit ? c’est curieux, j’ai croisé et photographié de nombreux monuments aux morts. Sans pour autant que cette interrogation me vienne à l’esprit ! Mais, cette fois, ce fut différent.En voyant cette stèle au milieu du petit cimetière, j’ai eu envie d’en découvrir d’avantage sur ces hommes et sur leur famille.

Les étapes de ma recherches

Etape 1 :

La première étape de mes recherches fut d’aller sur le site de mémoire des hommes. Mon objectif était de consulter leur base de données des morts pour la France, dans l’espoir de trouver leur nom. Je les ai trouvé ! Grâce aux fiches nominatives, j’ai obtenu leur classe et numéro de matricule. Cela me conduisit à la deuxième étape.

Etape 2:

Pour cette deuxième partie, je suis allée sur le site des Archives Départementales du Vaucluse. Car, le bureau de recrutement pour les habitants de Monieux et ses environs, est Avignon. Connaissant le matricule de chaque soldat, il m’a été facile d’aller sur les registres correspondants. Ces registres contiennent une foule d’informations sur l’état civil, les états de services, les blessures aux combats, les médailles et les citations. Quand, on prend le temps de les consulter, on en apprend beaucoup sur le parcours de chaque soldat.

Mais au plus, j’en apprenais sur les faits d’armes des poilus des abeilles, au plus je m’interrogeais sur leur vie dans le civil. Ma curiosité de généalogiste augmentait au fur et à mesure de mes découvertes. Je me suis donc tournée naturellement vers deux autres sources importantes en généalogie : Le recensement et l’état civil

Etape 3 :

Pendant cette troisième étape (je n’irai pas plus loin !),  je me suis penchée sur la composition et l’évolutions des familles des soldats a travers les listes nominatives de la commune de MONIEUX. Le recensement ayant lieu tous les cinq ans, cela laisse assez d’espace dans le temps pour se rendre compte des changements au sein des familles.

Bien, je pense qu’il est temps de rentrer dans le vif du sujet, en commençant par un tableau récapitulatif.

Les poilus des Abeilles

Nom Prénon date de naissance corps d’affectation Grade Citations Date du décès Cause du décès Lieu du décès Sépulture
AUGIER André Justin* 03/12/1890 7e régt du génie Avignon Sapeur-mineur Croix de guerre 17/04/1917 Suites de blessures de guerre Hôpital d’évacuation de PROUILLY CORMICY
AUGIER léon Jules* 14/08/1892  2e génie compagnie Montpellier Sapeur 25/09/1915  Suites de blessures de guerre  SAINT-HILAIRE-LE-GRAND
 AUMAGE Côme Bertin  27/09/1893  3e régt de zouaves  2e classe  26/09/1914  Suites de blessures de guerre reçue à Tracy le Val  TRACY LE VAL  TRACY LE MONT
 HORARD Henri François 07/03/1877  118e régt infanterie territorial 2e classe 20/10/1915  Disparue  SILLERY (Marne)  SILLERY
 HORARD Louis Basile  02/01/1893  99e régt d’infanterie/6e Hussards 2e classe  24/10/1918  Broncho pneumonie virale Hôpital auxiliaire Marseille n°2  AIX-EN-PROVENCE
 JEAN Henri François * 05/02/1879  413e régt d’infanterie soldat  17/05/1917 Tué à l’ennemi au plateau de Californie « Aisne »  CRAONNE
 JEAN Jules Siméon * 01/05/1884 58e régt d’infanterie d’Avignon 2e classe 29/09/1915  Suite de maladie contracté en captivité à Grafenwöhr  AMBERG (Bavière)
 JOURDAN Emile François 10/03/1883 64e brigade de chasseurs/13e regt de chasseurs à pieds  2e classe  14/09/1914  Suites de blessures de guerre BERRY-AU-BAC
 LAGET Berthin Auguste * 24/01/1885 58e RI d’Avignon soldat  13/03/1916 Tué à l’ennemi Bois de MALANCOURT
 LAGET Henri Victorin François * 22/09/1887 141e RI à Marseille soldat Médaille militaire JO du 14/06/21  11/03/1916 Disparu  BETHINCOURT
ROULIER Camille Anasthase 02/05/1892 6e régt d’artillerie/75e RI soldat  02/12/1918 Suite de Tuberculose MONIEUX

J’ai mis des étoiles à la fin des noms pour indiquer les fratries.  Par contre, je n’ai pas trouvé LAZARE Léon et LAZARE ROGER dans la base des morts pour la France. Il se peut que ce soit un hommage fait par la commune, en souvenir de deux « enfants du pays ».

En conclusion

Pour le moment, je me suis volontairement limitée dans mes recherches sur leur histoire de soldat sous les drapeaux.  J’aurais pu aller plus en profondeur en consultant le journal de marches et d’opérations (JMO pour les intimes) de leur régiment respectif ainsi que les registres régimentaires. Mais cela sera pour plus tard !

Leur vie dans le civil

J’ai préféré orienter mes travaux vers leur histoire familiale car ils étaient avant tous des hommes. Alors, pour celles et ceux qui ont eus le courage d’arriver ici.

Je vous présente un aperçu de la généalogie frères AUGIER André Justin Jean Baptiste et  Léon Jules  ainsi que de celle d’ AUMAGE Côme Bertin. J’ai les choisi car ils ont un point en commun…….Ils sont cousins du côté maternel.

Familles AUGIER-AUMAGE

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Famille AUGIER

Les AUGIER habitent la commune de SAULT au hameau de Verdolier où ils sont propriétaires cultivateurs. Joseph Jean Baptiste AUGIER  le père des deux futurs soldats, épouse à MONIEUX en 1873 Hélène Clémence TROUSSE fille de TROUSSE Joseph Augustin Bienvenu cultivateur et de Briaçon Adéle Flavie. Joseph Jean et Hélène Clémence ont sept enfants dont André et Léon sont les deux derniers.

Je voudrais faire une aparté sur le lieu de naissance des enfants. Car, j’ai trouvé une incohérence entre les registres et le recensement. D’après leurs actes de naissance, les sept frères et sœurs ont vu le jour dans le hameau des Colombés. Lequel est limitrophe de la commune des Abeilles, cela correspond aux indications de la plaque sur le monument. Mais, d’après les listes nominatives, le couple aurait vécu avec leurs enfants aux hameaux de Verdolier. Les deux hameaux sont assez éloignés l’un de l’autre ! Peut être que le cadastre m’aidera à y voir plus clair !

André Justin AUGIER

Faisons maintenant un bond de 20 ans ( la magie du web). Nous sommes en octobre 1911, André Juistin a 20 ans (il est de décembre). il vient d’être appelé dans l’armée active en tant que 2e sapeur conducteur au sein du 2e régiment du génie de Montpellier. En juin 1912, il embarque à destination de CASABLANCA où il y reste 6 mois avant d’être rembarqué vers la FRANCE. En novembre 1913, il passe dans la réserve avec son certificat de bonne conduite. Mais, le répit est de courte durée ! Car au mois d’août 1914, il est mobilisé dans le 7e régiment du génie d’AVIGNON.

Il rejoint avec son régiment le département de la MEUSE où il est blessé par des éclats d’obus en 1914 prés de Béthincourt. En 1917, il est à nouveau au combat, jusqu’à ce qu’une balle le fauche au mois d’avril. Cette seconde blessure lui est fatale ! Au mois de mai de la même année, il est cité à l’ordre du 32e corps d’armée

 » Excellent sapeur courageux, très dévoué  a été mortellement blessé le 14 avril 1917 , pendant un violent bombardement, en travaillant au vu de l’ennemi à la construction d’un pont de  pilotis »

Il reçut la croix de guerre à l’ordre du corps d’armée.

Léon Jules AUGIER

Léon Jules est le frère cadet d’André Justin. Mais il est aussi le petit dernier de la famille AUGIER. Léon Jules incorpore en 1913 dans le 2e régiment du génie, tout comme son frère. Lors de la mobilisation générale,  Léon Jules rejoint les rangs de la 37ème division en direction de la Marne. Malheureusement, il trouve la mort un an plus tard prés de Saint Hilaire le grand.

Famille AUMAGE

Nous arrivons à la fin de cet article bien plus que d’habitude !

Comme je l’écrivais plus haut, Côme Bertin Bienvenu AUMAGE est un cousin du côté maternel d’André et de Léon. Je vous invite à regarder le graphique afin de voir le lien entre les deux familles. Les AUGIER et les AUMAGE habitent au hameau de Verdolier. On imagine facilement les trois cousins jouant ensemble dans la cour des maisons familiales ! Surtout, qu’ils ont peu d’années d’écart entre eux (bon je m’égare).

Côme Bertin Bienvenu AUMAGE

J’ai peu d’information sur son parcours militaire car les notations sur son registre sont des plus laconiques ! Donc, il incorpore en 1913 dans le 3e régiment de zouaves à Constantine.  En Septembre 1914, il est envoyé dans l’Oise à Tracy-le-Val avec son régiment. Comme de nombreux soldats, il tombera sous le feu ennemi, pendant la terrible bataille du même nom.

Pour conclure

Ainsi, le but de cet article est de présenter les soldats morts pour la France de la région du Mont Ventoux. Je n’ai pas la prétention de faire un article historique, ou sociologique. Mon souhaite est de rendre un hommage à ces hommes ainsi qu’à leur famille.