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Deux frères, deux poilus, pour une guerre

Une drôle de guerre

La Grand Guerre comme on la surnomme, celle qui dura 4 années entre 1914 et 1918, celle qui priva l’Europe de la majeur partie de sa population masculine.

Ce conflit entra brutalement dans le quotidien de nombreuses familles ! Les hommes sont partis la fleur au fusil pensant regagner rapidement leur foyer. Ils se sont enlisés dans la boue des tranchées ! Les femmes ont vu leur statu social évoluer. Car, au fur et mesure que le conflit s’enlisait, elles ont troqué  leur rôle de mère au foyer, pour celui d’ouvrière, de conducteur, de manutentionnaire.

2014 -2018, nous commémorons les cents ans la première guerre mondiale. Ce ne fut pas uniquement un affrontement à grande échelle, mais aussi elle représente aussi le début d’une nouvelle ère. Car à l’issue de l’armistice, le monde ne fut plus jamais le même !

Deux frères, pour une guerre

Au cours de mes recherches généalogiques, je me suis intéressée à l’histoire des frères de ma grand-mère maternelle.  Je me suis penchée, notamment sur leur parcours pendant la première guerre.

Que nous disent les archives militaires

Les archives militaires fournissent de précieux renseignements sur la vie des soldats. Car, les forces armées doivent mobiliser rapidement, leurs troupes, en cas de conflit. Pour cela, elles ont besoin de connaître les lieux de résidences des soldats de la réserve.  Les services administratifs de l’armée notent chaque changement d’adresse dans les fiches de matricules. Les registres sont régulièrement mis à jour. Si vous avez perdu la trace d’un de vos ancêtres, pensez à regarder du côté de sa fiche militaire.

Garons : Un village viticole

Avant d’aller plus loin, arrêtons nous un instant afin de visiter le village de Garons en cette fin de XIXe siècle. Le village est sorti du girond de Bouillargues depuis 1835. En 1839 il obtient le statu de paroisse indépendante . La commune s’étend sur 1204 hectares dont la plupart sont occupés par des vignobles. Les viticulteurs ont été durement touché vers 1863 par l’attaque d’un parasite le Phylloxera. C’est insecte a failli détruire une grande partie des vignobles car il n’existait aucun traitement efficace contre lui ! Les exploitants agricoles, durent leur salut aux travaux  de la duchesse de FITZ-JAMES  sur les plans de vignes américains. Mais aussi grâce aux expériences qui furent menées par Jacques COMY, à la fois maire de GARONS et viticulteur.

Louis Hilaire et Marcel Justin

Mais revenons aux deux frères, Louis Hilaire et Marcel Justin. Ils sont nés respectivement en 1893 et 1898 dans le village de Garons, département du Gard. Leur père exerce la profession de cocher entre Nîmes et Garons pour des familles bourgeoises ou pour compte d’un patron. Leur mère est couturière à domicile mais elle tiendra pendant quelques une boutique de vente en gros de tissus.

A la naissance de Louis Hilaire et de son frère Marcel Justin, le Phylloxera, n’est plus qu’un lointain et mauvais souvenir. L’activité économique de GARONS était à nouveau tournée vers la viticulture. C’est donc naturellement que les frères sont devenus ouvriers agricoles.

L’engagement de l’aîné, Louis Hilaire

Les Hussards

Louis Hilaire s’engage dans l’armée en 1913 où il est affecté dans un régiment de la cavalerie le 11 ème Hussard. Etre dans la cavalerie, cela tient de famille car son père était en 1879 dans le 4 ème régiment de chasseur. Le père et le fils aîné était de bon cavalier, Marcel Justin ne suivra pas cette tradition familiale. Puisque en 1918, il sera affecté à un régiment d’infanterie.

Louis Hilaire, se retrouve un matin d’octobre 1913 dans la caserne de Tarascon, en tant que cavalier de deuxième classe.  En 1914, quelques mois avant la mobilisation générale, son régiment est appelé en renfort dans le bassin houiller d’Alés. Car un mouvement de gréve s’y est déclaré. Les cavaliers du régiment des Hussards ont reçu l’ordre de surveiller les mineurs grévistes. 

Au mois de juillet 1914, les Hussards sont en manœuvre autour des villages de Garons et de Bouillargues. Louis Hilaire, est de retour chez lui, mais il n’aura pas le temps de revoir sa famille, car les manœuvres dures seulement trois jours.

Mobilisation !

Le 31 juillet 1914 à 18 h 30, un télégramme arrive dans les bureaux ! Le 11 Hussards reçoit l’ordre partir en couverture à la frontière car l’ennemi est à nos portes. Le 1 août, 28 officiers, 667 hommes et 663 chevaux sont en gare de Tarascon prêt à embarquer en direction des Vosges où il établiront leur campement. On peut facilement imaginer l’ambiance sur les quais de la gare !

Durant les mois d’août et septembre les Hussards font une guerre de mouvement,dans les Vosges et ne Meurthe-et-Moselle, contre les Ulhans et l’infanterie Allemande. En septembre 1914, suite à une blessure à la jambe gauche Louis Hilaire est transporté à l’hôpital militaire de Châtel-Guyon où il y reste 3 semaines. Cette blessure devait être assez grave car il y est à nouveau hospitalisé à Marseille pour une durée trois mois !

L’orient

Nous sommes en 1915, un nouveau front s’ouvre, celui d’Orient : Les Dardanelles et Salonique (Macédoine). Louis Hilaire est passé au 6 ème Régiment de Chasseurs d’Afrique ou 6RCA. Les puristes diront que ce régiment n’était pas engagé dans l’Armée d’Orient. Eh bien cela n’est pas totalement exact car  l’escadron F du 6 RCA, est mobilisé pour rejoindre les troupes déjà en place en Macédoine dans la région de Salonique.

Louis Hilaire partagera pendant 1 an avec ses compagnons d’armes, de terribles conditions d’existence ! Les aléas météorologiques, mettent les hommes à rudes l’épreuve. L’hivers est rigoureux et long ! Mais cela n’est rien comparait aux chaleurs estivales et aux nuées de moustiques porteurs de nombreuses maladies ! D’ailleurs, le premier travail des militaires en arrivant sur ces terres humides a été de les assainir. Pour que, les camps retranchés ne se transforment pas en bourbier ! Ils se sont également attelés à créer des carrés potager, non pas pour le plaisir, mais éviter l’apparition du scorbut ! Ces activités leurs ont d’ailleurs valu le sobriquet de Jardinier de Salonique.

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En septembre 1916 Louis Hilaire contracte le paludisme. il est évacué six jours plus tard sur un hôpital militaire de Nice. Mais l’armée ne lui laisse pas de répit.  Car en janvier 1917, il est de nouveau en route pour l’Orient. Mais cette fois, c’est l’enfer des Dardanelles qui lui tend les bras ! Une nouvelle année de combats l’attend  au sein des 4 ème et 6 ème Régiment de Chasseurs d’Afrique.

Louis Hilaire a eu beaucoup de chance d’en revenir vivant ! Mais il a du voir nombre de ses camardes tombaient sur les différents fronts.

Marcel Justin

Marcel a tout juste 19 ans lorsqu’il est incorporé dans le 40 ème Régiment d’infanterie en 1917. Il n’est pas envoyé au front tout de suite. Mais il passe un an dans ce Régiment, sans doute pour y suivre un entrainement avant le baptême du feu !

L’Armée l’envoie au front au mois de mai 1918. Il est incorporé au sein du 156e Régiment d’Infanterie qui opère alors en Belgique, mais plus pour très longtemps ! Car le régiment est rappelé en France dans le département de l’Aisne. Où, les Allemands venaient de lancer par surprise une nouvelle offensive ! Le 156e, devait prêter main forte dans la défense d’une zone située vers les villages de Condé-sur-Aisne et Brenelle. Ce fut une âpre bataille ! Car les troupes Allemandes étaient lourdement armées et  soutenues par une aviation qui mitraillaient sans relâche les soldats au sol.

Le 156e subit de lourdes pertes obligeant le commandement à « sonner » la retraite, afin de préserver ce qui pouvait encore l’être ! Mais la guerre ne laisse pas temps aux hommes de s’apitoyer sur son sort. Car de nouvelles divisions arrivent en renfort. Le régiment se remet en marche vers Château-Thierry pour une contre-offensive!

La Marne

La bataille autour de Château-Thierry est aussi appelée la contre-offensive de la Marne. L’Armée Français y mena des actions conjointes avec l’Armée Américaine. La tension entre les belligérants monta crescendo à partir de la fin du mois juin 1918. Une sorte de guerre des nerfs, s’était mise en place entre Allemands et Français. Jusqu’à la contre-offensive de mi-juillet qui annonça le début la retraite Allemande. A partir du 20 juillet les troupes alliées fortes de leur précédent succès engagèrent une violente offensive contre l’ennemi. Durant ces combats, Marcel Justin fut blessé au coude droit par un éclat d’obus dans la forêt de Fère. Le lendemain, il était évacué sur Coulommier en Seine-et-Marne avant d’être envoyé à l’hôpital d’Autun en convalescence pendant deux mois.

Son régiment reçu pour engagement une citation à l’ordre de l’armée !

En octobre 1918, tout juste sorti de convalescence Marcel Justin retourna au 156e RI. Il fut dégagé de ses obligations militaire seulement en 1920 ! Je ne sais pas s’il a pu fêter armistice avec sa famille dans le petit village de Garons.